2.4 | Le bunker

Temps de divertissement : 7 minutes

| 16 DÉCEMBRE 2024 – 20 : 35 |
| DANS LES BOIS D’EROZ. |

Qui voudrait chercher une aiguille dans une botte de foin ?
D’autant plus quand l’aiguille est votre petite sœur et que la botte de foin est un bunker qui se trouve en plein milieu d’une immense forêt.

Paul Davar incline sa lampe torche pour éclairer devant lui.
Il se retourne, constate que Pierre et Kevin ne suivent pas sa cadence et se met à leur crier dessus.

PAUL :
(Désignant la distance entre eux.)
« Vous ne voulez pas enclencher la deuxième ? »

PIERRE :
(Il gémit.)
« On fait ce qu’on peut ! »

PAUL :
(Il ajoute, en direction de Kevin.)
« Il fût un temps où tu étais sportif. »

KEVIN :
(Il touche son ventre.)
« Oui, je me suis entassé.
Laisse-moi vieillir. »

PIERRE :
(Il désigne ses cheveux.)
« Au moins, tu n’as pas un début de calvitie… »

Kevin et Pierre s’arrêtent, ce qui enrage Paul davantage.

KEVIN :
(Il désigne la ligne capillaire de son ami.)
« Tu sais qu’on peut se faire greffer des cheveux ?
Tu devrais y songer. »

PIERRE :
(Il lui répond, avec un certain intérêt.)
« Tu ne penses pas que ce serait trop flagrant ?
Si c’est pour qu’on le remarque et qu’on me le dise, non merci. »

PAUL :
(Il tape dans ses mains et aboie, en direction du duo.)
« Ce n’est pas l’instant beauté.
Bougez-vous ! »

PIERRE :
(Il chuchote à Kevin.)
« Depuis que Chloé l’a quitté, il est odieux. »

KEVIN :
(Il acquiesce.)
« Toi aussi, tu l’as remarqué ? »

PAUL :
(Il continue d’avancer, alors qu’il précise sur un ton médisant.)
« Déjà, la séparation était mutuelle.
Deuxièmement, je suis heureux que Chloé ait déménagé dans un autre pays.
Silver ne jouera plus avec sa vie, comme il joue avec les nôtres. »

KEVIN :
(Il ne peut s’empêcher de faire remarquer.)
« Silver a payé toutes mes dettes et la maison de retraite de mon père.
Il a même financé l’agrandissement de mon garage… »

PIERRE :
(Il ajoute, en référence à son fils.)
« Gabriel n’est même pas adolescent, qu’il a déjà payé son éducation et son premier appartement. »

PAUL :
(Il se retourne enfin, tandis que ses amis s’arrêtent.)
« Et il a réglé les dettes de mes parents.
On en a déjà discuté, ce n’est pas parce qu’il fait disparaître certains de nos problèmes, qu’il n’est pas capable de tout.
Vous oubliez Théo et Grégory ? »

KEVIN :
(Il déclare, d’une voix lourde.)
« On n’oublie rien. »

PIERRE :
(Afin d’apaiser la situation, il rappelle à ses amis.)
« Les gars, on est là pour trouver son bunker, focalisons-nous sur ce qui compte. »

Silencieusement, le petit groupe se remet en route.
Kevin et Pierre restent derrière Paul, qui agite sa lampe torche un peu partout.

Au bout d’une vingtaine de seconde, Kevin qui n’arrive pas à se contenir, revient sur le sujet.

KEVIN :
(D’une voix grave, il réprimande Paul.)
« Tu as le droit d’être inquiet, mais pas de nous juger. »

PAUL :
(Il refait face au duo.)
« En quoi je vous juge ? »

PIERRE :
(Il vient appuyer l’argument de Kevin.)
« Annabelle et toi n’avaient jamais lutté financièrement.
Vous n’avez aucune idée des difficultés qu’on éprouve. »

PAUL :
(Il essaie de ne pas s’emporter.)
« La personne qui fait disparaître nos problèmes et également celle qui tue nos amis. »

KEVIN :
(Il crie sur Paul.)
« Tu crois qu’on ne le sait pas !?
J’ai pleuré Grégory pendant trois mois. »

PIERRE :
(À son tour, il admet.)
« Je rêve très souvent de Théo.
J’ai des discussions avec lui qui paraissent presque réelles. »

PAUL :
(Il ne peut contenir sa frustration.)
« Vous ne réalisez même pas qu’on est devenu des poupées.
Il joue avec nos secrets, s’immisce dans nos quotidiens et il dispose pratiquement d’un pouvoir divin sur nos vies ! »

Paul se remet à chercher le bunker, tandis que Pierre et Kevin n’ajoutent rien.
Ils continuent de le suivre, alors que celui-ci ne se retourne même plus pour vérifier où ils en sont.

KEVIN :
(Il finit par rompre le silence.)
« Tu es sûr que c’est par là ? »

PAUL :
(Il grogne.)
« Je l’ai visité qu’une seule fois ce bunker.
Je me rappelle précisément de deux arbres qui se mélangent… »

PIERRE :
(Il grimace, confus.)
« Pardon ? »

Paul leur fait signe de regarder sur leur gauche, alors qu’il porte sa lampe torche en direction de deux arbres massifs, dont les branches sont entrelacées.

Kevin et Pierre se lance un regard, tandis que Paul court jusqu’à ceux-ci.

PAUL :
(Il scande, en direction de ses amis.)
« C’est là ! »

Le duo passe derrière Paul, qui mène la voie.

Ils arrivent devant une trappe en bois et sans attendre, le frère d’Annabelle fait signe à Kevin de l’aider à la soulever.

Des escaliers apparaissent et Paul les empreintes, sans même se questionner.

Après quelques marches, il lance un coup d’œil derrière lui et remarque que ses deux amis hésitent.

PIERRE :
(Il se met à chuchoter)
« Si ça se trouve… c’est un piège. »

PAUL :
(Il rétorque, avec un certain mépris.)
« Je croyais que Silver était notre sauveur ?
Faut vous décider. »

Kevin hoche sa tête et fait signe à Pierre de le suivre.

Après une cinquantaine de marches, le trio tombe sur un long couloir.
Paul éclaire du mieux qu’il peut, alors qu’il constate qu’il y a une porte en acier au bout de celui-ci.

PAUL :
(Il pointe la porte avec sa lampe torche et s’avance jusqu’à celle-ci.)
« À l’époque, ce n’était pas fait comme ça. »

PIERRE :
(Il désigne le digicode à côté de celle-ci.)
« Il faut un mot de passe. »

KEVIN :
(Il propose, d’un air enjoué.)
« Je sais !
Essayez 1234. »

PAUL :
(Il roule ses yeux en l’air.)
« Tout à fait, Kevin.
Une porte blindée va avoir pour mot de passe 1234. »

KEVIN :
(Sur la défensive.)
« C’était une simple proposition… c’est le code que je mets partout. »

PAUL :
(Il serre ses dents et lui balance.)
« Ta stupidité m’épate. »

PIERRE :
(Il s’oppose dramatiquement entre les deux.)
« Vous n’êtes pas capable de vous parler.
Comme je dis toujours à Gabriel, la communication c’est la base de chaque succès. »

PAUL :
(Il ricane, face à la réaction de Pierre.)
« De quel succès tu parles ?
Tu es un homme au foyer. »

Alors qu’ils se tiennent devant la porte blindée, à se chamailler, une sonnerie retentit.
Pierre s’agrippe à Paul, qui le repousse aussitôt.

SILVER :
(De sa voix robotisée.)
« Bienvenue.
Veuillez presser votre pouce au-dessus du digicode. »

PAUL :
(Il tergiverse une seconde, puis chuchote.)
« Vous avez peut-être raison, c’était idiot de venir ici. »

PIERRE :
(Il se retourne et désigne les escaliers.)
« On peut toujours faire demi-tour… »

PAUL :
(Il s’incline en direction de Pierre et rétorque.)
« Si on part, on ne peut quand même pas contacter qui que ce soit.
Ce n’est pas comme si nous avions des tas d’options, non ? »

PIERRE :
(Il argumente dans le sens opposé.)
« J’ai la sensation qu’on se précipite sans réfléchir.
Personne ne sait qu’on est dans ce trou à rat. »

Un clic se fait entendre, suivit par une seconde sonnerie.
Les deux garçons refont face à la porte et constatent que Kevin a collé son pouce au-dessus du digicode.

PIERRE :
(Machinalement, il scande.)
« Kevin ! »

KEVIN :
(Il ne comprend pas leur réaction, alors qu’il retire son pouce de l’appareil.)
« Vous n’avez pas écouté ?
La voix a dit de mettre son pouce à cet endroit. »

PAUL :
(Il ne peut masquer sa consternation.)
« Ce type est l’idiot du village. »

Kevin qui n’apprécie pas l’attitude de Paul, l’ignore et s’immisce dans le bunker.
Ses amis, à défaut de le retenir, décide de le suivre.

Après une dizaine de secondes, des spots s’allument, alors que la porte est automatiquement refermée derrière eux.

PAUL :
(Il fait face à ses amis et s’exclame, un brin paniqué.)
« Il vient de nous enfermer ? »

PIERRE :
(Il sort son téléphone, constate qu’il n’a pas de réseau et scande.)
« On a l’air d’être bloqué. »

PAUL :
(Il ne semble plus aussi sûr de lui.)
« Peut-être qu’on peut l’ouvrir… »

Paul s’avance jusqu’à la porte et tente de l’actionner, en vain.
Pierre vient l’aider, mais Kevin lui, s’attarde sur des lumières qui clignotent au sol.

KEVIN :
(Il se retourne vers Paul et lui dit.)
« Je crois qu’il faut qu’on avance. »

SILVER :
(La voix robotisée retentit, ce qui fait sursauter le trio.)
« La porte sera déverrouillée à la fin du jeu.
Veuillez-vous avancer jusqu’à vos sièges. »

Au même moment, les spots au sol s’intensifient et une flèche leur indique d’avancer jusqu’à trois sièges qui, progressivement, sont éclairés.

Paul plisse ses yeux, lorsqu’il réalise que l’immense rectangle noir qu’il aperçoit, est un écran de télévision.

PIERRE :
(Il désigne le bout de la pièce.)
« Il veut nous montrer quelque chose ? »

PAUL :
(Il suppose, tout en s’avançant.)
« Je pense, oui. »

Pierre, Kevin et Paul arrivent au bout du bunker, tandis que les spots changent de rythme lorsqu’ils s’installent sur les trois chaises.

L’écran s’allume et le trio s’exclament de stupeur, lorsqu’ils découvrent qu’Annabelle, Mélissa, Nathalie et Laetitia sont ligotés dans ce qui semble être l’exact bunker dans lequel ils se trouvent à l’instant présent.

PAUL :
(Consterné, il se relève.)
« C’est quoi ce bordel ? »

SILVER :
(La voix robotisée gronde immédiatement de hauts parleurs.)
« Attention Paul.
Si tu ne restes pas assis, les filles perdront automatiquement la partie. »

Pierre et Kevin font signe à Paul de se rasseoir.

Il obéit avec difficultés et serre ses dents lorsque l’écran fait un zoom sur Annabelle, qui se chamaille avec Laetitia.

SILVER :
(La voix robotisée ajoute.)
« Veuillez patienter.
Des indications vont apparaître à l’écran. »

À ce moment précis, en fixant sa sœur et ses amies, Paul se sent stupide.
Il n’aurait jamais dû venir ici, encore moins penser que les choses n’étaient pas si graves.

Alors oui, personne ne tient à chercher une aiguille dans une botte de foin.
Même lorsque l’aiguille est un membre de votre famille et la botte de foin un stratagème mit en place par un fou furieux.

Néanmoins, Paul ne pouvait s’en empêcher, il fallait toujours qu’il fasse tout son possible pour sauver ses proches.

Quitte à prendre des décisions irrationnelles, voir même, à se jeter bêtement dans la gueule du loup.

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