2.3 | Tendrement tiens

Temps de divertissement : 6 minutes

| 07 MARS 2023 – 07 : 50 |
| PARIS – APPARTEMENT D’ÉLISE. |

On ne choisit pas toujours la façon dont notre journée commence.
Il y a des réveils en douceurs, alors que d’autre fois, on a plutôt la sensation d’être percuté par un bus.

La sonnette retentit pour la cinquième fois, lorsqu’Élise émerge d’une nuit alcoolisée.
Elle se trouve dans son salon, alors qu’Antoine dort encore sur le petit sofa.

La jeune femme saisit son téléphone, regarde l’heure et maudit la personne se trouvant derrière la porte.

ÉLISE :
(Elle gémit, tandis qu’elle se met debout.)
« Mon dieu… ma tête. »

Élise vient ouvrir sa porte, néanmoins, personne ne se trouve sur son seuil.
Machinalement, elle baisse ses yeux et constate qu’un colis vient d’être déposé.

ÉLISE :
(Elle s’indigne d’autant plus.)
« Tout ça pour un paquet !? »

Énervée par la situation, Élise saisit brusquement le colis.
Elle grogne une nouvelle fois et claque sa porte en la refermant.

Antoine se réveille, lui aussi, en pleine gueule de bois.

ANTOINE :
(Il marmonne, presque à l’agonie.)
« Qu’est-ce qui a ? »

ÉLISE :
(Elle repasse le seuil de son salon et s’assoit sur son canapé.)
« Un livreur vient de me réveiller. »

ANTOINE :
(Il masse son crâne, puis referme ses yeux.)
« Et ta solution c’est de claquer la porte ? »

ÉLISE :
(Elle ignore Antoine et commence à déchirer son paquet.)
« Je me demande ce que ça peut-être… »

ANTOINE :
(Il gémit.)
« Moins de bruit ! »

Élise finit de retirer le carton et découvre une boîte métallique, accompagnée par une enveloppe.
Celle-ci pousse un couinement, qui alerte directement Antoine.

ÉLISE :
(Elle sort l’objet, le pose sur sa table, puis s’exclame.)
« C’est la même boite que… »

ANTOINE :
(Il met ses lunettes et lui demande.)
« Que ? »

ÉLISE :
(Elle termine enfin sa phrase, tandis qu’elle attrape l’enveloppe.)
« Que celle de Gari. »

ANTOINE :
(Avec difficulté, il vient s’asseoir à côté d’elle.)
« Et c’est important pour quelle raison ? »

Élise ne prend pas la peine de répondre à Antoine, bien trop absorbée par la situation.

Elle regarde tantôt la boîte, tantôt la feuille qu’elle retire de l’enveloppe.
Elle la déplie, méticuleusement, puis entame sa lecture.

« Chère Élise,

Tu sais ce qu’on dit, les véritables amis enterrent avec eux la moindre confidence. Je nous considère déjà proches et j’ose imaginer que tu ne trahirais jamais l’un de tes amis, n’est-ce pas ?

Ci-joint, deux gages de gratitude.
Tendrement tiens.

Silver. »

Élise s’empresse de poser la lettre et d’ouvrir la boîte.
À l’intérieur se trouve une bague en argent avec un « S » inscrit en son dessus.

ÉLISE :
(Elle s’exclame, confuse.)
« Je suis supposée faire quoi avec ça ? »

ANTOINE :
(Il se penche et désigne le fond de la boîte.)
« Il y a une clé USB. »

Élise s’empresse de la saisir et l’examine sous tous ses angles.
Quant à Antoine, il prend la lettre et la déplie à son tour.

ANTOINE :
(Il commence à lire, puis bredouille.)
« C’est quoi ce délire ? »

ÉLISE :
(Elle suppose.)
« Je dois fouiller la clé USB. »

ANTOINE :
(Il relève sa tête et la contredit.)
« Où c’est la bague… »

ÉLISE :
(Elle hausse ses épaules.)
« On va vite le découvrir. »

Élise part dans sa chambre et revient aussitôt, avec son ordinateur en mains.
Elle le pose sur la table basse, branche la clé, alors qu’Antoine porte son attention sur l’écran.

Un dossier apparaît prénommé « MONTILLO » et lorsqu’Élise l’ouvre, son visage pâlît.

À l’écran, un seul fichier s’affiche.
L’avocate clique dessus.

ANTOINE :
(Il remarque que son amie change d’attitude.)
« Qu’est-ce que c’est ? »

ÉLISE :
(Elle paraît épouvantée, alors qu’elle épluche le document.)
« Un bilan… »

ANTOINE :
(Il réajuste ses lunettes et lui demande.)
« Pourquoi tu flippes ?
Explique-moi. »

Élise se relève et s’éloigne de la table, de plus en plus paniquée.

ÉLISE :
(Elle finit par lui dire.)
« Le dossier Montillo.
Tu ne t’en souviens pas ? »

ANTOINE :
(Il se lève à son tour.)
« Je crois qu’il s’agissait d’une fusion avec une autre entreprise et que le dossier était énorme pour une associée de première année.
Et outre de la jalousie à ton égard, je ne me rappelle pas grand-chose. »

ÉLISE :
(Elle poursuit.)
« Je connais monsieur Montillo. »

ANTOINE :
(Il beugle, surpris.)
« C’est comme ça que tu as eu le dossier ?
Attends, une seconde…
Vous couchiez ensemble !? »

ÉLISE :
(Elle répond, sur la défensive.)
« Pas durant la fusion !
Pendant mes années d’études, j’ai eu un stage dans son entreprise.
Et oui, il s’est passé quelque chose… mais, rien après.
Quelques années plus tard, du jour au lendemain, je suis assignée à son dossier.
Comment tu voulais que je dise non ?
J’aurais précisé que j’avais eu une liaison avec lui, j’aurais été catalogué dès le début de ma carrière. »

ANTOINE :
(Il enchaîne, un brin moralisateur.)
« Et en quoi un bilan est dramatique ? »

ÉLISE :
(Elle baisse sa tête, visiblement honteuse.)
« J’ai été naïve.
Il comptait sur mon manque d’expérience.
Lorsque j’ai négocié la fusion, il m’a donné les documents de son entreprise, mais je ne savais pas qu’ils étaient falsifiés. »

ANTOINE :
(Il s’exclame.)
« Pourquoi tu n’as rien dit ? »

ÉLISE :
(Elle tente de se justifier.)
« J’ai hésité.
Quand j’ai réalisé qu’il m’avait donné de faux documents, la fusion avait déjà eu lieu. Entre le fait que je n’avais rien dit sur ma connexion avec lui et l’usage de faux dans un dossier…
J’ai eu peur de perdre ma licence ! »

ANTOINE :
(Toujours autant surpris.)
« Tu as confronté ce type ? »

ÉLISE :
(Elle hoche sa tête.)
« Il savait très bien ce qu’il faisait, Antoine…
Il m’a utilisé. »

Élise vient se rasseoir, imité par son ami.
Elle reporte son intention sur l’écran et ajoute, d’un air grave :

ÉLISE :
(Elle continue d’expliquer.)
« J’ai été anxieuse pendant des mois.
Je craignais qu’à chaque coup de téléphone, cela soit pour m’annoncer un problème avec le dossier. »

ANTOINE :
(Il tente toujours de comprendre.)
« Mais, finalement, personne ne l’a jamais su ? »

ÉLISE :
(Elle scrute son ordinateur.)
« Non…
Parce que Gari m’a sauvé la vie. »

ANTOINE :
(Perdu au possible, il gratte sa tête.)
« Quel est le rapport avec Gari ? »

Élise prend une profonde inspiration.
Elle rassemble ses mots et lui synthétise la situation.

ÉLISE :
(Elle se remémore.)
« Un soir, Julien est venu récupérer un devis d’honoraires au cabinet.
On s’est croisé dans l’ascenseur et je suis rentrée nauséeuse.
Je me suis enfermée dans la salle de bain et Gari a tout de suite senti qu’un truc clochait. »

ANTOINE :
(Il ne peut s’empêcher de commenter.)
« On l’appelle Julien maintenant ! »

Élise qui n’est pas d’humeur, lui tapote le bras.
Antoine s’arrête de rire et lui fait signe de poursuivre.

ÉLISE :
(Elle reprend.)
« J’ai fini par me confier à lui.
Gari m’a conforté et j’ai tenté de maintenir mes états d’âmes.
Quelques jours plus tard, sans même qu’il m’en parle, j’ai découvert qu’il avait effacé les documents originaux et ainsi, la preuve que ceux soumis sont falsifiés. »

ANTOINE :
(Il montre un certain scepticisme.)
« Comment aurait-il fait ? »

ÉLISE :
(Elle hausse ses épaules.)
« Il a tenté de m’expliquer, je t’avoue que je n’ai rien compris.
Après ça, les faux documents sont devenus les seuls existants, même dans les bases de données financières officielles. »

Antoine semble dubitatif.
Il prend son téléphone, se met à chercher le bilan en question et après quelques secondes, il relève sa tête, un brin ahuri.

ANTOINE :
(Il regarde le bilan original sur l’ordinateur d’Élise, puis compare les deux.)
« Il a piraté quoi pour faire ça ? »

ÉLISE :
(Elle rétorque.)
« Aucune idée.
Il m’a assuré que les documents originaux avaient disparus de la surface de la terre et que personne ne pourrait m’accuser de quoi que ce soit. »

ANTOINE :
(Il réalise un détail.)
« C’est pour ça que tu as changé d’habitude au cabinet.
Le soulagement que ton secret se soit volatilisé.
Tout s’explique. »

ÉLISE :
(Elle hoche sa tête, reprend l’enveloppe et déclare.)
« Ce qui m’échappe c’est qu’en dehors de Gari, personne ne l’a jamais su. »

ANTOINE :
(Il se redresse et lui demande.)
« Vraiment personne ? »

ÉLISE :
(Elle surenchérît.)
« Une fois qu’il a fait disparaître le problème, on n’en a plus jamais parlé.
Gari était le seul au courant.
Même Julien n’a pas dû s’en rendre compte. »

ANTOINE :
(Il semble perplexe.)
« Peut-être qu’il en a parlé à quelqu’un ? »

ÉLISE :
(Elle le contredit, certaine de ses propos.)
« Il n’aurait jamais fait ça. »

ANTOINE :
(Il désigne la bague.)
« Où comme je l’ai dit tout à l’heure…
Cette bague renferme quelque chose. »

ÉLISE :
(Elle se met à penser à voix haute.)
« On découvre le corps de Gari et dès le lendemain, des preuves réapparaissent. »

ANTOINE :
(Il tente de la faire relativiser.)
« Ne t’inquiètes pas.
On va obtenir des réponses. »

ÉLISE :
(Elle enchaîne, sans réellement l’écouter.)
« Gari n’a jamais mentionné de Silver.
Et pourquoi il m’adresse la chose qui me terrifie le plus au monde ?
Pourquoi maintenant ? »

ANTOINE :
(Il réfléchit quelques secondes et finit par lui proposer.)
« Je connais quelqu’un qui pourrait peut-être nous aider.
Tu veux qu’on tente de le joindre ? »

ÉLISE :
(Perdue, elle capitule.)
« Pourquoi pas…
De toute façon, la situation ne peut pas être pire. »

La façon dont commence une journée n’est jamais de notre ressort.
Il y a des réveils doux et d’autres, où l’on souhaiterait déjà être au lendemain.

Que l’on est le luxe de vivre une journée sans problèmes ou qu’elle soit remplie d’imprévues, on devra tout de même en expérimenter son intégralité.

Élise n’était qu’aux prémices de son réveil et pourtant, celui-ci n’était qu’une partie de plaisir comparé au casse-tête qui l’attendait d’ici quelques heures…

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