1.3 | Nouveaux mécanismes

Temps de divertissement : 4 minutes

| 06 MARS 2023 – 19 : 50 |
| PARIS – APPARTEMENT D’ÉLISE. |

Quels mécanismes possédez-vous lorsqu’il s’agit d’encaisser une terrible nouvelle ?
Êtes-vous de ces individus qui masquent parfaitement ce qu’ils ressentent ?
Ou au contraire, vous allez vous effondrer publiquement, afin de traverser la période sombre qui se trame devant vous.

Que vous soyez l’un ou l’autre, les deux ont une similitude : ils nécessitent que vous acceptiez une tragédie, un trauma qui s’ajoute à ceux que vous possédez déjà.

Antoine Martin, collègue et ami d’Élise, toque à la porte de son appartement.
Après un court instant, Samir, toujours dans son uniforme de policier, lui ouvre la porte.

ANTOINE :
(Il s’empresse de demander.)
« Elle est où ? »

SAMIR :
(Il laisse entrer Antoine, tandis qu’il explique, soucieux.)
« Dans sa chambre.
Cela fait deux heures qu’elle s’est enfermée. »

ANTOINE :
(Il grimace.)
« Elle est si mal que ça ? »

SAMIR :
(Un brin frustré, il s’accoude au mur et croise ses bras.)
« Je ne sais pas comment lui parler. »

ANTOINE :
(Il enlève son manteau et fait de nouveau face à Samir.)
« Et son corps a été retrouvé où ? »

SAMIR :
(Il se met à chuchoter.)
« Une ferme à l’extérieur d’Eroz.
Les dents correspondent. »

ANTOINE :
(Il pose sa main sur sa poitrine et répond, à voix basse.)
« C’est affreux. »

SAMIR :
(Il acquiesce à son tour.)
« Personne ne mérite ce qui lui est arrivé. »

ANTOINE :
(Il lance un regard en direction de la chambre d’Élise.)
« Tu penses vraiment que je peux l’aider ? »

SAMIR :
(Il le rassure.)
« En trois ans tu es devenu un véritable ami pour elle.
Si ce n’était pas pour toi, elle ne serait même pas restée dans son cabinet. »

ANTOINE :
(Il s’attendrit.)
« Je sais qu’elle a eu du mal à s’acclimater. »

SAMIR :
(Il indique à Antoine de passer devant lui.)
« Je vous laisse parler, si tu as besoin de quoi que ce soit, je reste dans le salon. »

Antoine hoche sa fine tête et traverse le reste du couloir.
Il donne un regard entendu à Samir et ouvre la porte de la chambre.

L’avocat découvre Élise allongée, à même le sol.
Elle fixe le plafond, amorphe et ne semble même pas prêter attention à ce qui se passe.

Samir referme derrière lui et colle son oreille à la porte.
Quant à Antoine, il s’approche doucement d’Élise.

ANTOINE :
(Il examine furtivement la pièce et lui demande.)
« C’est que le sol était plus confortable ? »

ÉLISE :
(Elle ne bouge pas et continue de scruter le plafond.)
« Je n’arrête pas de me dire que j’aurais pu faire quelque chose. »

ANTOINE :
(Il répond, sans réfléchir.)
« Tu n’es pas le psychopathe l’ayant démantelé. »

Élise, brusquée par les propos d’Antoine, lui lance enfin un regard.
Celui-ci, désormais conscient de sa bourde, s’empresse d’ajouter :

ANTOINE :
(D’une voix fluette.)
« Désolé ! »

ÉLISE :
(Elle reprend sa position initiale.)
« Je n’arrête pas de retourner les choses dans mon esprit.
Je repasse notre dernière semaine et je tombe sur la même conclusion.
J’aurais pu le retenir, lui dire de ne pas retourner à Eroz. »

ANTOINE :
(Il change de ton.)
« Lise… tu n’es pas responsable. »

Antoine vient s’allonger à côté d’elle.
Élise tourne sa tête et plonge ses yeux, dans ceux de son ami.

ÉLISE :
(Elle lui avoue.)
« Je me demande comment j’en suis arrivé là. »

ANTOINE :
(Il tente de la rassurer.)
« Tu viens d’apprendre la nouvelle.
Tu es en état de choc, c’est normal. »

ÉLISE :
(Elle secoue sa tête, tandis que sa gorge se resserre, sous le coup de l’émotion.)
« Non, tu ne comprends pas.
Je me demande comment je suis devenue cette personne.
Le type à s’allonger par terre, à ne plus avoir la force de se tenir debout. »

ANTOINE :
(Il déclare.)
« Tu as le droit de ne pas vouloir te relever.
Parfois, il faut du temps… »

ÉLISE :
(Elle se remet à fixer le plafond et ajoute.)
« Il y a peine un an, j’étais tellement heureuse. »

ANTOINE :
(Il s’empresse de lui dire.)
« Tu redeviendras heureuse.
Ce ne sera pas demain, mais, un jour ou l’autre.
Ce jour-là, tu regarderas en arrière et réaliseras que tu peux à nouveau respirer. Que d’exister ne fait plus aussi mal… »

ÉLISE :
(Elle retient un sanglot.)
« J’étais réellement heureuse.
Comment suis-je passée d’épanouie à ne plus pouvoir me tenir debout ? »

ANTOINE :
(Il détourne son regard, déstabilisé de voir sa collègue aussi émotive.)
« Je suis désolé, Lise. »

ÉLISE :
(Elle porte ses mains à son front.)
« Je ne sais même pas comment je vais me rendre à ses funérailles. »

ANTOINE :
(Il la regarde de nouveau et déclare, sans hésitation.)
« Nous allons y aller ensemble.
Ok ? »

ÉLISE :
(Elle marmonne, alors que des larmes s’écoulent de ses yeux.)
« Il est mort… »

ANTOINE :
(Il pose sa tête sur l’épaule d’Élise.)
« Je sais Lise…
Je sais. »

ÉLISE :
(Elle répète, bouleversée.)
« Gari est vraiment mort… »

En prononçant cette phrase, Élise s’effondre davantage.
Frappée par le poids de ses propres mots.

Samir, derrière la porte, arrête d’écouter leur conversation.
Il se détache, le plus silencieusement possible et regagne le salon, sur la pointe des pieds.

Antoine pose sa main sur l’épaule de son amie, touché par le désarroi qu’elle ressent.
À défaut de savoir quoi faire, il reste là, immobile.
À fixer le plafond.

Élise Pétronova n’aurait jamais imaginé qu’elle ne trouverait plus rien de positif, au milieu du chaos.

Elle se considérait optimiste, elle se croyait légère.
Ses amis disaient même qu’elle était un rayon de soleil, dans chaque circonstance.

Néanmoins, quand les circonstances deviennent tragiques, que l’incompréhension vous engouffre, il est probable que vous finissiez comme Élise.

Épuisé, anéantie, mais également, avec de nouveaux mécanismes, plus sombres que les précédents.

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